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L'arganeraie marocaine se meurt : problématique et bio-indication The Moroccan Argan tree forest is dying out : issues and bio-indication Michel R. Tarrier Université Mohammed V, Institut scientifique, Département de zoologie et d'écologie animale, B.P. 703, 10106 Rabat-Agdal, Maroc Mohamed Benzyane Ministère chargé des Eaux et Forêts, Direction du développement des forêts (DDF), 3 rue Haroune Errachid, 10106 Rabat-Agdal, Maroc |
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"La forêt précède l'homme et le désert lui succède" Chateaubriand Résumé L'arganier (Argania spinosa) est un arbre multi-usage (forestier-fruitier-fourrager), endémique du sud-ouest marocain, où il couvre irrégulièrement 3 millions d'hectares de régions caractérisées par des conditions difficiles qui sont celles de l'aridité, du climat, de l'irrégularité topographique, de la diversité pédologique et de la rareté de l'eau. On doit à l'arganier la célèbre huile d'argan aux qualités intrinsèques. À la frontière de l'aride, cet écosystème original a subi depuis un siècle une perte de la moitié de sa surface, sous des effets cumulés à la fois anthropiques (surpâturage et déboisement) et climatiques (sécheresse, désertification). Comme l'arganier s'avère être tout autant victime de l'érosion des sols que son meilleur remède, la problématique consiste à en ralentir l'éradication. L'originalité du présent travail de bio-indication réside dans le choix des marqueurs très sensibles de la qualité des sites que sont les lépidoptères. Réagissant ipso facto au moindre effet nocif (notamment au niveau des plantes-hôtes dont ils sont tributaires), par un recul ou une extinction, les papillons sont de véritables « insectes-outils » pour une telle évaluation. L'utilisation de ces données entomologiques pour une gestion à long terme exige un suivi scientifique rigoureux. C'est sous cette nouvelle approche et sous cet angle-témoin des papillons, que sont ici analysées ces régions à Argania spinosa. Concept et méthode de l'étude L'association de l'expérience globale d'un forestier et spécialiste de l'arganier, aux connaissances particulières d'un éco-entomologiste de terrain et spécialiste des lépidoptères du Maroc, pourrait être révélatrice d'un bilan quant à la biodiversité contemporaine de l'arganeraie. La méthode consiste à déterminer un échantillonnage de sites bénéficiant d'une relative conservation, d'y rechercher la trace des rhopalocères locaux qui y sont liés, notamment par la présence de leurs plantes-hôtes, et d'en dresser un inventaire à des fins d'analyse. Une curiosité biogéographique
Argania spinosa (L.) Skeels (figures 1 à 3 : planche 1) est une espèce xéro-thermophile qui appartient à la famille tropicale des Sapotacées, dont elle est la seule représentante septentrionale dans la région méditerranéenne. Le derivatio nominis du genre Argania serait le village d'Argana, situé au sein de l'arganeraie, au nord-est d'Agadir. L'arganier accepte un étagement altitudinal de grande amplitude se situant du niveau de la mer jusqu'à plus ou moins 1 500 m. C'est un arbre forestier-fruitier-fourrager dont l'espérance de croissance est d'une dizaine de mètres, d'un port à cime arrondie, à l'écorce grise et crevassée (figure 4 : planche 1), aux rameaux épineux et aux feuilles persistantes, alternes, elliptiques, à pétiole court. La fleur (mars à juin) est jaune et axillaire. Le fruit (la noix d'argan (figure 5 : planche 1) est une drupe charnue, à noyau coriace, qui renferme deux amandes très riches en huile. Le limbe de la feuille, la tige et l'épine ont été récemment identifiés comme très riches en flavonoïdes [1]. Ses racines vont chercher fort loin dans le sol les millimètres d'eau annuelle nécessaire à sa vie. Pour économiser les avaricieuses ressources hydriques, l'arganier peut sporadiquement se défolier, retrouvant à l'aubaine de nouvelles précipitations son aspect touffu (figure 6 planche 1). C'est un arbre très protéiforme et tenter d'en rencontrer deux spécimens de bonne ressemblance n'est pas aisé. Hautement résistant, il porte dans son habitus tous les stigmates de son dur vécu, toutes les séquelles des traitements néfastes et mutilants. Ainsi, on rencontrera des sujets naniformes (figure 7 : planche 1), prostrés (figure 8 : planche 1), stressés et mutilés (figure 9 : planche 1), tous évocateurs d'un broutage précoce et répétitif, d'un écimage ou d'un émondage réitérés et de toutes autres atteintes à leur intégrité. Hormis quelques modestes indigénats dans le sud-ouest algérien, l'arganier est endémique du Maroc où, entre steppe désertique et océan, il constitue une véritable curiosité biogéographique, liée au thermoméditerranéen (sensu largo) de l'étage bioclimatique semi-aride ne recevant guère plus de 150 à 400 mm/an de précipitations. Apparu au Tertiaire, Argania spinosa couvrait alors une aire de plus grande amplitude. Pour tenter une analogie, nous dirons que l'arganeraie présente parfois et dans les meilleurs cas de plaine ou de paysage collinéen, une structure physique assez similaire à celle de la Dehesa du sud-ouest ibérique (Andalousie occidentale, Estrémadure), communauté de chênes sclérophylles à base de sujets disséminés de Quercus rotundifolia et de Q. suber d'une zone similaire de transition climatique à influence maritime sur sol sub-aride cristallin gris ou marron. Elle partage avec cet écosystème une même vocation agro-pastorale puisque la Dehesa, subtil équilibre entre productivité et diversité, est aménagée pour recevoir des parcours bovins et porcins, ses frondaisons étant dispensatrices de l'ombre utile aux plantes basses et à l'herbe pastorale. On trouve les premières relations de l'arganier dans divers écrits de géographes et médecins arabes ayant visité et étudié le Maghreb. En 1219, le médecin égyptien Ibn Al Baytar le relatait dans son ouvrage Le traité des simples. On en retrouve une référence explicite dans l'ouvrage Description de l'Afrique de Jean Léon l'Africain (1515). Ces auteurs en relataient déjà la plupart des atouts. Les Phéniciens commerçaient son huile dans leurs comptoirs établis tout au long de l'océan Atlantique. Plus récemment, comme au XVIIIe siècle, bien des voyageurs et diplomates anglais donnent dans leurs récits des rapports documentés de la densité de l'arganeraie d'alors. Distribution, catégorisation : L'« archipel » de l'arganier Végétal prééminent d'une région homogène, l'arganier imprime partout au paysage la discontinuité des taches vertes de ses boisements, évoquant les groupes d'îles d'un immense archipel. Refoulé consécutivement aux glaciations du Quaternaire dans le sud-ouest de la Berbérie, à l'extrême nord-ouest du continent africain, l'arganier couvrait originellement un territoire nettement plus vaste. Il en demeure encore quelques témoins permettant d'en comprendre la chorologie, en des régions excentrées comme le pays Zaër-Zaïane (une cinquantaine d'hectares à Tsili, vallée de l'oued Grou) et les monts de Beni-Snassen (200 hectares), au nord-ouest d'Oujda, dans ces deux cas associés à la tétraclinaie (formation de thuyas de Berbérie). Il n'y a pas si longtemps, il s'étendait au nord jusqu'au-delà de Safi, et au sud jusqu'au Drâa et même à la région de Tindouf. L'un des affluents de la Seguiet-El-Hamra porte encore le nom d'oued Argane. D'une estimation d'un million et demi d'hectares boisés d'Argania spinosa au début du XXe siècle, il ne demeure présentement qu'une superficie de quelques 800 000 hectares (7 % de la superficie forestière du Maroc), soit une perte de la moitié de sa surface. Le rythme de ce compte à rebours est présentement de l'ordre d'une éradication de 600 ha/an [2]. L'aire actuelle enveloppe tout le bassin-versant du Souss (Taliouine - Aoulouz - Taroudannt - Agadir), les piémonts sud et ouest du Haut-Atlas occidental, Haha et Ida-ou-Tanane jusqu'à Essaouira et Argana au nord/nord-est, les montagnes de l'Anti-Atlas sud-occidental (région du Djebel Lekst) jusqu'à Sidi-Ifni au sud-ouest. Plus bas et jusqu'à l'oued Drâa, l'arganier ne se rencontre plus en formations mais éparsement et par petits groupes de sujets généralement de port chétif. Son aire principale est habituellement donnée par les auteurs entre les embouchures de l'oued Tensift au nord et de l'oued Souss au sud, entre 29º et 32º de latitude N. Le recensement donne environ 20 millions d'arbres. La vallée du Souss en est la région charnière. Le Souss, formé de riches alluvions arrachées à l'encadrement montagneux, est actuellement un oued sub-fossile, un peu à l'instar des fleuves sahariens que sont le Ziz et le Drâa, avec de longues périodes d'étiage ne conservant qu'un lit souterrain, mais avec des crues d'une rare violence quand surviennent des orages orographiques. L'écosystème de l'arganeraie peut se catégoriser en deux formations assez distinctes : l'arganeraie-verger de plaine (tendance à la forêt dite trouée) et l'arganeraie-forêt (tendance à la forêt claire) de montagne, modèle quelque peu originel [3]. Dans les deux cas, son rythme actuel est toujours plus proche de la steppe arborée que d'une forêt sensu stricto. Sa dégradation accélérée indique que cette formation se dirige vers un type de boisement très lâche, propre à celui des acacias sahéliens.
L'arganeraie de l'arrière-pays (vallées en ressaut du Haut-Atlas, montagnes de l'Anti-Atlas d'Aït-Baha à Tafraoute, etc.) (figures 13 à 15 : planche 2) organise des formations plus variées et, selon les aléas de proximité anthropique, on y compte encore ou non la strate sous-jacente d'un cortège floristique parfois remarquable, la topographie difficile mettant certains sites à l'abri partiel d'une pression excessive. Le fleuron de cet écosystème est peut-être la population en immixtion avec le fameux peuplement de dragonniers des hautes falaises de l'Assif Oumaghouz, dans le Haut-Massa. Cet aspect théoriquement maximal, d'équilibre sol-végétation censément idéal et proche du climax, serait celui de la meilleure conservation contemporaine. Quand l'arganeraie est éradiquée de la montagne, c'est sous la pression pastorale et cela entraîne alors le tassement des sols et leur perte par érosion hydrique. Aspects socio-économiques : une « providence »
Des amandes de la noix d'argan, on extrait une belle huile ambrée et parfumée, comestible et industrialisable, à haute valeur nutritionnelle : acide linoléique, insaponifiables, vitamines E (320 mg/kg), vitamine A. De nombreux travaux scientifiques ont fait ressortir sa richesse en tocophérols, qui lui confère une bonne résistance à l'oxydation et une importante activité vitaminique E. Cette composition bien équilibrée en acides gras renferme aussi des quantités appréciables de composants mineurs doués d'activité biologique. Elle est ainsi tout a fait destinée à des usages diététiques et cosmétologiques. Des études sur l'interaction entre la structure des acides gras et les maladies cardio-vasculaires ont démontré que parmi ces acides, l'acide linoléique est le plus déterminant. Les acides gras insaturés joueraient un rôle diététique dans l'organisme humain qui peut réduire les risques de l'infarctus du myocarde, abaisser le taux du cholestérol et participer au développement cérébral. Ces caractéristiques confèrent d'éminents attributs diététiques à l'huile d'argan dont la richesse en acides gras insaturés dépasse celle du lait de la femme (1 % pour l'acide linoléique) et qui peut de ce fait être recommandée dans l'alimentation des enfants comme dans les régimes de prévention de l'appareil circulatoire. En cosmétique, le recours à l'huile d'argan si riche en anti-oxydants est proposé contre les peaux très desséchées et surtout comme « cure de jouvence » : rajeunissement des tissus. Un commerce en pleine expansion s'en préoccupe, notamment en France. Il faut actuellement 100 kg de fruits mûrs et quinze heures de concassage-torréfaction-meule-malaxage-pressage pour obtenir un litre qui sert tout autant à l'alimentation qu'en cosmétique traditionnelle ou moderne. Les tourteaux sont donnés au bétail durant l'hiver et la brisure de coque est destinée à la combustion. Ce travail artisanal, processus long et épuisant, est entre les mains du savoir-faire des femmes berbères, fédérées en de nombreuses coopératives locales. La production annuelle de cette huile est estimée à 3 400 tonnes. Mais le procédé d'extraction étant archaïque, il engendre une forte perte économique de l'ordre de 45 % d'huile dans les tourteaux, ce qui correspond à 1 530 tonnes d'huile d'une valeur de manque à gagner de 58 millions de dirhams par an. Certains chercheurs ont souligné la possibilité d'une extraction industrielle induisant moins de perte, tout en sauvegardant les qualités organoleptiques du produit. Pour ce qui concerne une éventuelle perte de nature hygiénique et sanitaire, avec risques de souillures lors des manipulations, souvent annoncée en raison de l'aspect précaire de la méthode, un tout récent avis (15 avril 2002) du comité d'experts spécialisés de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a démontré l'équivalence en substances avec d'autres huiles alimentaires, statuant que la sécurité de la consommation est assurée et considérant aussi que les teneurs en pesticides et autres contaminants sont indétectables, notamment grâce au mode de culture sauvage de l'arbre. Les fonctions tant économiques qu'environnementales de cet arbre sont telles que plusieurs pays l'ont introduit ou ont tenté de l'introduire pour l'enrichissement de leur patrimoine. Ce fut le cas d'antan de l'Angleterre, des Pays-Bas, de la France et des États-Unis ; ce fut aussi le cas, plus récemment, d'Israël, de la Lybie et de la Tunisie. Régression et conservation : Uti, non abuti… Face au risque déjà engagé de la désertification et de tous ses corollaires bien documentés, notamment dans le sud-ouest paléarctique, le Maroc conserve quelques notables atouts que sont l'écran vert des Atlas (lutte contre le déboisement en général et la conservation du cèdre et des chênes caducifoliés en particulier), les espaces oasiens (gestion des palmeraies liée au maintien des nappes phréatiques) et le rempart de l'arganeraie. Lors du Colloque national des forêts (Ifrane, mars 1996), un appel solennel fut lancé par S. M. le roi Hassan II pour « rechercher des stratégies alternatives pour soulager la pression qui s'exerce sur les massifs forestiers », haute recommandation en faveur d'une prise en compte des ressources naturelles. La Conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement (Cnued, Rio de Janeiro, 1992) a reconnu le rôle déterminant de la gestion des forêts pour un développement durable et a invité les gouvernements à « formuler des critères de valeur scientifique éprouvée, et des directives pour la gestion, la conservation et le développement durable de tous les types de forêts ». L'appel pour la mise au point d'indicateurs a fait l'objet de plusieurs initiatives : la Déclaration de Bandung (1993), le Forum sur les forêts des pays en développement (FFPD, 1993), le Processus d'Helsinki (1993), le Processus de Montréal (1994), l'Initiative de Tarapato (1995), l'Initiative du Fonds mondial de la nature (WWF, 1994), l'Initiative de la FAO/Pnue (Le Caire, 1996), etc. L'arganier s'avère être à la fois la victime de l'érosion des sols et son meilleur remède. L'éradication annuelle alarmante de 600 hectares n'est pas acceptable quant on sait que, d'une part, l'espace est laissé à un paysage scalpé et lunaire (figure 18 : planche 2) et que, d'autre part, l'arbre est l'ultime recours contre la paupérisation des populations locales, le principal paramètre pour endiguer aussi l'actuel phénomène exponentiel de l'exode. Son exploitation forestière procure 800 000 journées annuelles de travail et l'extraction oléagineuse plus de 20 millions de journées. Jusqu'à ces dernières décennies, la tradition voulait que l'arganier soit certes exploité, mais sans excessive pression et jamais arraché. Le mode de gestion de l'arganeraie par les populations locales se fait sur un modèle agro-sylvo-pastoral tripolaire dont les trois dimensions sont : Le parcours forestier est une tradition méditerranéenne encore vivace dans les pays du Maghreb et l'arganeraie en subit pleinement les conséquences. Du temps où les effectifs restaient dans des limites acceptables, où les éleveurs veillaient à la mise en réserve pastorale saisonnière d'une partie de l'espace (les agdals), disons jusqu'au début du siècle passé, un équilibre existait entre la pression du cheptel et la dynamique des peuplements : tant bien que mal la forêt et le sous-bois parvenaient à se reconstituer. L'accroissement presque insidieux du nombre de têtes n'a cessé depuis et condamne de manière irréversible toute chance de régénération. Les séjours s'allongent. Les arbres sont mutilés, ébranchés souvent jusqu'à la cime. Les diverses figures de mises en défends ne sont pas respectées. Si mal gérée, l'arganeraie ne peut déjà plus faire face aux besoins des populations et de leurs troupeaux. Le parcours en forêt est devenu le plus dangereux des droits d'usage, voire même une aberration. Et il en va de même pour les autres formations d'autres régions marocaines comme celle du chêne-liège, du chêne vert, du cèdre et du thuya [6]. Ce surpâturage, conséquence démographique, allié ces dernières décennies à un défrichement amplifié pour le gain de nouveaux espaces voués à la production intensive du maraîchage sous serre, ainsi qu'à l'agrumiculture exigeante du Bas-Souss, font que des milliers d'hectares ont été irréversiblement saccagés. Le surpompage imposé pour l'irrigation des grandes exploitations agraires d'une redoutable avidité, a fortiori durant les présentes années de grave déficit hydrique, engendre une baisse des nappes phréatiques qui va de pair avec une augmentation de salinité de l'eau, laquelle rendra à court terme ces cultures capricieuses incompatibles (il n'existe pas de plantes cultivées halophiles). À tout cela s'ajoute de façon récurrente une charge pastorale encore plus lourde qui est celle de la concentration du troupeau caprin et camelin en périodes de disette [7]. Tel est l'affligeant constat d'une exploitation hâtive et destructrice du sol. Sauf en d'exceptionnels milieux protégés ou en retrait, l'arganier a désormais perdu sa capacité de prolifération. Sa germination naturelle n'existe plus, car elle exige un sol pluristratifié et la présence d'une strate végétale protectrice contre le broutage des jeunes pousses. La seule régénération possible est la régénération par les rejets de souche qui poussent vigoureusement en couronne, mais à la condition péremptoire qu'elle se décline à une mise en défens d'une décennie, ce qui est bien rarement réalisable [8]. Une première « sonnette d'alarme » avait été tirée par le dahir [1] de 1925, précisant les droits légitimes d'utilisation de l'arganeraie, accordant de larges droits de jouissance mais induisant quelques obligations d'entretien (qu'il conviendrait de rendre désormais plus effectives et contraignantes). De nombreux programmes de développement, d'agro-foresterie, d'écologie ou strictement socio-économiques (dont la valorisation des produits dans les domaines pharmacologique et cosmétologique) ont été depuis engagés pour tenter de palier cette problématique. Plusieurs partenariats internationaux se sont mobilisés sur le thème, notamment une coopération bilatérale franco-marocaine inter-universitaire dont la faculté des Sciences d'Agadir fut le fer de lance. D'autres coopérations allemande, belge, canadienne vinrent plus récemment montrer leur intérêt pour la réhabilitation de cet écosystème à caractère social [9]. Plusieurs rencontres scientifiques et politiques ont été aussi l'occasion de débattre de l'arganeraie. Mais force est de constater que la dégradation s'est poursuivie et se poursuit toujours, et que, nonobstant les bonnes intentions, de regrettables implantations agricoles d'une intensité extrême investissent cyniquement le paysage, notamment en amont de Taroudannt (Haut-Souss). Un siècle est passé, un siècle qui a vu l'arganeraie s'effondrer de la moitié de sa surface contemporaine. À l'heure de l'éco-conscience et du développement durable, un tel gâchis est pour le moins jugé incongru et contraire à toute légitimité. On entrevoit ainsi l'issue apocalyptique pour ces régions et la perte incommensurable pour la biodiversité. Une expertise de la FAO (1978) signalait pour l'arganier, qu'en raison de l'insuffisance des connaissances de base sur cette espèce, il était illusoire de vouloir mettre en place un quelconque programme de reboisement. Bien qu'un certain échec entre les aménageurs forestiers et les chercheurs ait été parfois dénoncé [10] le ministère chargé des Eaux et Forêts et divers laboratoires universitaires consacrent actuellement tous leurs efforts à la recherche de solutions pour envisager la réintroduction de l'espèce. Mais les mécanismes de reproduction d'Argania spinosa ne sont effectivement pas encore suffisamment connus pour le repiquage sur les sites des fruits germés en laboratoire. Plus de 80 % des jeunes pousses meurent dès la première année et cet échec interdit tout programme à grande échelle. Aucune action significative de reboisement de surfaces en perdition n'a donc pu aboutir jusqu'à ce jour, alors que les résultats de la recherche ont démontré qu'il n'existe pas de raisons techniques s'opposant à la transformation de ce type de reboisement. Un projet pilote de replantation est en cours sur une surface d'une dizaine d'hectares dans la province d'Essaouira [10]. Dans l'objectif de la prolifération de l'arganier, on trouvera un bilan des programmes de recherche et des résultats acquis dans une note de synthèse de Nouaim [11]. Il a été démontré que la technique de trempage des graines dans l'eau était tout à fait satisfaisante pour obtenir une bonne germination. Compte tenu de la grande variabilité génétique de l'espèce, il est nécessaire de pouvoir disposer d'individus homogènes et une technique de multiplication a été optimisée par bouturage (à partir de rameaux prélevés) et culture in vitro. Les problèmes de transplantation sont liés au système racinaire des plantules, ainsi qu'aux symbioses mycorhiziennes [12]. La croissance des racines peut être fort rapide par rapport à la partie aérienne et il est rapporté qu'après 38 jours, le système racinaire pouvait mesurer vingt fois la longueur de la partie aérienne. Ainsi, la méthode des mottes compactes utilisée en pépinière pour la production des plantules est incompatible. Les résultats disponibles ont montré qu'il était possible de produire, par multiplication végétative, des plants conformes au pied-mère, ce qui autorise toutes les possibilités en fonction des souhaits et des besoins des reboiseurs. L'affinage de ces recherches est à consulter dans le travail précité de Nouaim [11]. Une gestion plus respectueuse est la clé pour une meilleure préservation des 800 000 hectares résiduels, probablement accompagnée de la création de périmètres (et non plus d'individus) en défends, une solution parmi d'autres pour la reconstitution de la strate végétale, du sous-bois et une réelle reconfiguration de l'arganeraie et de tout son cortège floristique et faunistique. Les communes rurales usufruitières et les populations riveraines directement concernées par un droit coutumier doivent en devenir les acteurs essentiels. Quant aux administrations de tutelle, leur nouvelle éthique doit être la stricte application des normes de recommandations du développement durable, face à toute velléité d'atteinte au patrimoine légué qu'il est de notre devoir de transmettre indemne aux futures générations. Rappelons que le souci de gestion durable se décline en termes de décennies et de siècles. Depuis décembre 1998, et sur un modèle de réserve en grappe (zonages), l'arganeraie fait partie du réseau mondial des réserves de la biosphère (programme de l'Unesco), qui théoriquement implique certaines contraintes. Ce ne doit être ni un bluff, ni un vœu pieu. Biocénose de l'arganeraie Tout comme le gommier du Maroc (Acacia gummifera) (figure 19 : planche 3) avec lequel il partage bien des sites (Acacio-Arganietalia), l'arganier est un élément qui participe à la définition du secteur macaronésien marocain, dont les affinités avec les Îles Canaries sont documentées. Aux limites subsahariennes de l'arganeraie (Drâa), c'est Acacia radiana (figure 20 : planche 3) qui prend le relais. Outre le dragonnier (Dracaena draco) déjà cité, plus d'une dizaine d'endémiques est commune à cette région de l'Afrique berbérique et aux îles macaronésiennes : Caralluma burchardii, Andryala canariensis, Artemisia reptans, Nauplius schultzii et N. graveolens odorum, Sonchus bourgeani et pinnatifidus, Polycarpea nivea, Bassia tomentosa, Helianthemum canariense, Laurus azorica, Bupleurum canescens, Drusa oppositifolia et quelques autres [13]. Aux côtés du thuya de Berbérie, du genévrier rouge (surtout Haha et Ida-Outanane) et de l'oxycèdre (figure 21 : planche 3), il est un élément déterminant du Pistacio-Rhamnetalia alaterni. Ces peuplements abritent d'autres xérophiles et thermophiles tels que Ballota hirsuta, Whitania frutescens, Asparagus stipularis, Ephedra altissima, Lavandula dentata, L. mairei, L. multifida et L. stoechas, Polycnenum fontanesii. Parmi les autres espèces significatives citons aussi Periploca laevigata, Senecio anteuphorbum, Launaea arborescens, Warionia saharae, Rhus tripartitum, Euphorbia beaumierana et echinus, Genista ifniensis, Cytisus albidus, Tetraclinis articulata. Dans les associations intérieures, les éléments floristiques sont souvent Ceratonia siliqua, Olea maroccana, Polygala balansae, Chamaecytisus albidus, Ephedra cossonii, Hesperolaburnum platycarpum, Globularia arabica, Withania adpressa, Jasonia hesperida, Fagonia zilloides... Le précieux pistachier de l'Atlas (figure 22 : planche 3) a encore sa place dans ce paysage, le plus souvent hélas sous préservation maraboutique. Nous ne citons rien car au sein de son aire (côte Atlantique - Essaouira - Argana - Taliouine - Tafraoute - Guelmim), selon la topographie et les substrats, l'arganeraie implique un cortège d'un millier d'espèces et sous-espèces vasculaires, dont 140 sont des endémiques ! (figure 23, 24 : planche 3) [3, 8, 13-19] En ce qui concerne la grande faune, pour les mammifères, les espèces les plus caractéristiques sont la genette, le ratel (non signalé depuis longtemps, maintien improbable), la mangouste, le chat ganté, le lynx caracal, le porc-épic et la gazelle de Cuvier [20-21] ; pour l'avifaune, les espèces les plus emblématiques sont l'aigle royal, l'aigle de Bonelli, l'aigle ravisseur et le rarissime autour chanteur [21]. Il n'y a pas si longtemps (1975), l'ibis chauve, peu farouche et paisible, faisait encore l'apanage de quelques falaises du Souss, dans la région d'Aoulouz [22]. Il ne subsiste plus, et avec précarité, que sur la côte. Du point de vue herpétologique, la mise en défends du site de Tafinegoult (arganeraie en ressaut du versant méridional du Tizi-n-Test) a permis d'inventorier 20 espèces dont 8 endémiques, dont on peut citer le crapaud de Brongersma, le gecko à paupières épineuses, l'acanthodactyle de Busack, le seps de Manuel, le seps à écailles nombreuses, le seps mionecton, l'orvet du Maroc, l'amphisbène cendré, le cobra et la vipère heurtante. Bien d'autres amphibiens et reptiles emblématiques peuplent encore, ça et là, la forêt d'arganiers, tels le gecko casqué (au sud d'Agadir), la couleuvre d'Afrique (vallée du Souss), le serpent mangeur d'œufs (région d'Anezi). C'est aussi l'un des habitats électifs du caméléon (figure 25 : planche 4) [21, 23]. Les invertébrés sont évidemment une pléiade quand le biome est adéquat à servir de niches écologiques respectives, ce qui est désormais rarement le cas. D'où cette étude. Les rhopalocères comme bio-indicateurs : « Le papillon est le reflet de ce qu'il y a dessous » Ces temps de bilan, de gestion et de promesses de développement durable sont à la bio-indication. À l'instar de nombreux autres insectes, agents essentiels des cycles biologiques, notamment coléoptères et odonates, la grande majorité des rhopalocères (ou papillons diurnes) doivent être appréhendés comme d'éminents marqueurs de la qualité des sites, de la diversité spécifique et génétique des espaces [24-27]. Les papillons sont le reflet de ce qu'il y a dessous ! La plupart d'entre eux sont monophages ou oligophages, et étroitement inféodés à des plantes-hôtes sensibles et vulnérables. Il s'agit donc d'une panoplie d'éminents indicateurs biologiques qui réagissent aux modifications nocives par un recul, puis la disparition. Les « insectes-outils » sont censément moins maniables mais sans nul doute plus précis que les vertébrés ou les plantes, tant pour la gestion et la sélection des sites à protéger que pour l'évaluation de l'incidence biologique en baisse des surfaces menacées, en un mot pour la conservation du patrimoine naturel au service des populations rurales fragilisées par de nouvelles donnes économiques. Tarrier a déjà eu l'occasion d'évaluer la valeur écologique d'un verger de l'Atlas selon son indice en lépidoptères sténoèces [28]. Lors d'une publication-inventaire des zygènes de l'Anti-Atlas [29], le même auteur a proposé ces fragiles et exigeants hétérocères à activité diurne, à très faible valence écologique et impliqués par des plantes nourricières tout aussi indicatrices, comme étalons potentiels de mesures de surveillance. L'utilisation de données entomologiques pour une gestion à long terme exige une validation continue desdites données., Dans leur grande majorité, les espèces d'insectes ne sont identifiables que sous la loupe binoculaire, tandis que leur récolte sur le terrain nécessite des méthodes de prospection et d'échantillonnage adaptées. Chaque donnée unitaire implique donc suivi de visites, capture, montage, étiquetage, identification, archivage et conservation-collection du spécimen dans un concept scientifique. Durant une dizaine d'années, Tarrier a consacré la majorité de son temps à parcourir le Maroc pour inventorier de manière exhaustive et cartographier les sites biologiques d'intérêt patrimonial objectivement dénoncés par la présence d'un cortège de faunule génétiquement remarquable, à base surtout lépidoptères [25, 26, 30, 31]. Ce programme a été particulièrement insistant auprès des écosystèmes actuellement fragilisés par les activités humaines et comportant des présences emblématiques ou endémiques, comme justement l'arganeraie. Il faut dire que le chercheur se retrouva trop souvent « au chevet » desdits écosystèmes… Nous proposons donc une nouvelle approche des régions à Argania spinosa, sous l'angle témoin et très sensible des rhopalocères, précision faite que ces derniers ne sont aptes à se développer uniquement dans des niches de bonne ou moyenne conservation, toute altération grave les biffant irréversiblement du paysage, qu'elle soit de l'ordre de l'agriculture chimico-intensive, du surpâturage avec éradication de la strate végétale, de l'excès de fréquentation avec piétinement, de l'aménagement du territoire ou de tout autre type d'agression de la biosphère. Descriptifs des sites favorables de prélèvements à l'usage de la bio-indication Méthodologie Choix des sites : fruits de notre expérience entomologique marocaine, ils ont été sélectionnés comme potentiellement les plus propices dans le concept écosystémique donné. On en trouvera une analyse éco-entomologique plus poussée divers travaux de Tarrier [32-38], ainsi que des appels à leur conservation dans trois autres publications du même auteur [25-27].
Arganeraie littorale d'Agadir à Essaouira [2]
Vallées des contreforts occidentaux du Haut-Atlas
Vallée du Souss
Anti-Atlas sud-occidental
Région de Sidi-Ifni Il n'a pas été possible de prospecter quelques autres habitats d'apparences propices dans l'arganeraie mixte (chênaie verte et vestiges de thuyas) et résiduelle des massifs d'Ifni. De la stratégie démographique des papillons steppiques et érémicoles Nos relevés ont nécessité plusieurs saisons car les papillons de ces régions ne sontrepérables qu'à la suite de conditions atmosphériquesfavorables,à savoir à la faveur d'années de pluies abondantes, ou au moins à la suite de précipitations orographiques intervenant de concert avec la phénologie des imagos. Adaptée aux variations climatiques extrêmes, leur dépendance des précipitations, tout comme celle concomitante de leurs plantes-hôtes, est absolue. Insecteséminemment opportunistes et à l'affût des meilleures conditions possibles, quand un taux d'accroissement exponentiel n'est pas déclenché(pics populationnels)en vue d'une fortefécondité, ils ont une capacitéadaptativedediapauselors deleurs différents stades (œuf, larve, chrysalide). L'effet pluvial est donc une condition sine qua non pour l'observation. Régions visitées sans succès Il serait oiseux d'énumérer ici les djebels et les vallées parfaitement stériles et parcourues en vain de 1992 à 2001, comme il serait hasardeux d'assurer comme exhaustif notre relevé de localités favorables. Ce travail n'est évidemment qu'une approche, face à l'ampleur du domaine et il appert que partout, des aspects limités de bonne conservation alternent avec de vastes étendues dégradées, que donc nous avons à disposition un chapelet de réservoirs potentiels où flore et faune partenaires ancestraux de l'arganier se retrouvent étiolés, avec la menace corollaire d'un effondrement génétique. Enfin, c'est au sud-est de Taroudannt et dans les montagnes qui séparent le Souss de la région d'Igherm, que la situation écologique de l'arganeraie nous est apparue comme véritablement préoccupante, et ce au fil de plusieurs saisons, du point de vue naturaliste en tout cas. Quant à l'observation des atteintes les plus graves causées par la sécheresse, nous avons noté, en fin d'été 2000, la plupart des petits massifs côtiers entre le cap Rhir et Essaouira, ainsi que la région d'Aït-Baha. Catalogue des rhopalocères de l'arganeraie Les taxa suivis d'un astérisque (*) (tableau) illustrent des espèces fragiles et de maintien incompatible avec une perturbation ou une dégradation prononcée de leur niche écologique ; les taxa suivis de deux astérisques (**) concernent des espèces parfaitement sténoèces, hautement vulnérables, ne supportant pas un équilibre rompu par la moindre pression ou nuisance ; ces dernières aussi nommées « espèces-parapluies » ou espèces « clé-de-voute » sont des bio-indicatrices emblématiques de la valeur d'un milieu. La plupart des autres espèces sont des ubiquistes ou migrateurs cosmopolites à large valence, éclectiques et capables de reconquêtes, parfois même marqueurs d'une tendance inverse vers des états de dégradation. Les plantes-hôtes sont signalées (PH), indication exhaustive pour le Maroc en général et non le sud-ouest en particulier. On trouvera des données concernant ces espèces et leurs sites dans les références bibliographiques [29, 32-37, 39-42]. Résultats et interprétation Notation des sites Plus de 90 % des boisements visités se sont révélés comme victimes de dysfonctionnements et stériles en rhopalocères. Dans la part restante, où il fut possible de sélectionner des stations favorables à nos prélèvements, sur les 24 localités retenues (d'une ou plusieurs stations chacune), 18 n'ont pu recevoir une note (appréciation) égale à la moyenne (5/10), autrement dit ces habitats conservent une biocénose mais de nature déjà résiduelle, sans la trilogie qualité-quantité-diversité. La moyenne a pu être décernée à 4 localités : la vallée d'Imouzzèr-des-Ida-Ou-Tanane, l'arganeraie qui couvre le bas versant méridional du Tizi-n-Test (Tachguelte et au-dessus), le bassin de Tafraoute (sensu largo) et le col du Kerdous. Deux sites se sont avérés très féconds : la région d'Aoulouz, avec notamment les stations rudérales du piémont occidental du djebel Siroua et la vallée des Ida-Ou-Gnidif dans le massif du djebel Lekst. On constate qu'une meilleure conservation est propre aux biotopes : Relevé des rhopalocères bio-indicateurs Cet inventaire compte 50 espèces, sur les 125 (-130) rhopalocères Papilionoideae (hors Hesperiidae) répertoriés à ce jour au Maroc [30], ainsi répartis pour ce qui est de leur potentiel indicateur : 25 espèces faiblement significatives (ubiquistes peu exigeantes), 13 espèces sensibles et 12 très exigeantes, foncièrement sténoèces. Le bilan « présence » est donc assez positif puisqu'aucune espèce n'a été victime et perdue par la dégradation de l'habitat, tous les rhopalocères partie prenante de l'arganeraie ont effectivement été retrouvés. Le bilan est nettement moins brillant pour ce qui concerne la fréquence spatiale et l'étude dénote de façon explicite : Enfin, si certains de ces papillons attestent encore de pans relictuels du boisement originel, d'autres, par leur repli à l'orée des cultures traditionnelles, témoignent déjà de l'arganeraie fossile. Diagnostic et conclusion : quand le verger sauve la forêt Et quand nous faisons l'apologie du « verger » et des jardins, voire des cultures, c'est surtout a contrario des méfaits du cheptel (qui là, au moins, n'y pénètre pas) et sous-entendu qu'il convient d'écarter toutes les formes agressantes de la monoculture intensive s'appuyant sur les phytosanitaires et dont l'avidité n'accepte l'arganier ni en orée, ni en ponctuation, mais procède par l'arrachage et le remembrement avant exploitation. L'agro-chimie est apparue autour des années 1950 et c'est depuis que l'herbicide a remplacé le hersage. Ici réside désormais, hélas en modèle réduit et voué à une certaine flore de fourvoiement et à la faunule (passereaux, rongeurs, amphibiens et reptiles compris), l'actuel réservoir génétique de l'arganeraie. On peut estimer que ces sites de cultures vivrières, innocemment créés par l'Homme il y a quelques 8000 ans, constituent le potentiel de regain et de recolonisation de l'arganeraie environnante. Ces cultures-biotopes ont déjà une longue histoire de « marchepied » pour de nombreuses espèces [39]. Une preuve de plus - s'il en fallait - pour contrecarrer tout postulat de l'éventuel divorce entre l'homme et la nature, voire pour en étayer la réconciliation. Havres de paix et modèles d'un écosystème rudéral, un plan d'encouragement de ce type de paysage agricole à aspect parcellaire serait d'une certaine faisabilité dans l'axe prometteur de la production de fruits et de légumes biologiques, d'autant plus que les terres y sont (encore) localement vierges d'intrants et de biocides. Certains pays n'ont pas hésité face aux profits d'un tel programme. Les mesures à prendre ne sont concrètement pas trop contraignantes, encore faudra-t-il, ici et ailleurs, pouvoir offrir aux populations pastorales pratiquant le néfaste pacage en forêt - réelle problématique - des palliatifs économiques et culturels à une obligatoire réduction de têtes. Quand le cheptel outrepasse la capacité herbage-fourrage, cela se nomme « surpopulation », et rompt évidemment l'équilibre écologique d'un écosystème sensibilisé par un stress climatique puisqu'aux frontières de l'aride. La chèvre, animal très rustique, est le plus nuisible puisque se nourrissant du feuillage des arbres et des arbustes, elle porte atteinte à l'ossature même d'un écosystème forestier. Et comme la chèvre est par excellence l'animal adapté depuis des lustres aux zones arides, ménager ce mariage endémique est une problématique qui n'est pas sans rappeler la dualité de la chèvre et du chou ! Le surpâturage (au sol ou « aérien ») est un écocide lent et « efficace » (figure 43 : planche 5), qui a déjà largement fait ses « preuves ». Ses effets sont irrémédiables. Un sol perdu, sans plus d'édafaune, de litière et de décomposition, l'est pour toujours et relève de la pénurie grave. Les relations entre l'arganier et l'homme accusent un bilan dorénavant négatif engendrant de réelles préoccupations d'avenir. Telle est la perspective et l'enjeu est primordial : préserver la pluralité du paysage national en s'appuyant sur des valeurs patrimoniales. Un réaménagement concerté de la vocation sylvo-pastorale usagère de l'arganeraie et la création d'un réseau de « réserves rudérales » pourrait constituer un début de mesures pratiques. Remerciements Références 1. Tahrouch S, Mondolot Cosson L, Idrissi Hassani LM, Andary C. Les flavonoïdes d'Argania spinosa. End International Electronic Conference on Synthetic Organic Chemistry, September 1998, 1-30. 2. Benzyane M. 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