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Les ligneux urbains et agro-sylvopastoraux des zones sèches et arides à faible couvert ligneux

Bellefontaine Ronald 1, Et-tobi Mohamed 2, Mhirit Omar 3

1 Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), Département forêts, TA 10/D, 34398 Montpellier, France

2 École nationale d’ingénieurs forestiers (Enfi), BP 511, 10 000 Rabat-Salé, Maroc

3 Expert indépendant, Ancien directeur général des Eaux et Forêts, Rabat, Maroc

Résumé

La définition des arbres hors forêt (AHF), néologisme apparu en 1996, est une notion indirecte définie par rapport à la forêt et par défaut par un comité spécial de l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO). Ils sont largement méconnus et les inventaires forestiers nationaux ne les prennent pas en compte, sauf en de très rares occasions. Omniprésents sur tous les continents, les législations et les politiques ne les considèrent pas encore comme une entité à part entière en dépit de leur importance sociologique, économique et écologique, qui est très largement sous-estimée. Leur définition, qui se veut universelle, montre encore des faiblesses, spécialement pour les pays des zones sèches et arides. Afin que toutes les nations se sentent directement concernées, elle doit encore être affinée. La politique actuelle de la FAO vise à leur accorder enfin l’importance qu’ils méritent, mais paradoxalement les critères les définissant réduisent leur occurrence à très peu de cas. Cet article met en exergue diverses imprécisions et propose des modifications : certains groupes de ligneux figurant parmi les arbres hors forêt selon la FAO sont déclassés et inversement. Ils pourraient être renommés, sans référence à la forêt, et être désignés par le terme « ligneux urbains et agro-sylvopastoraux » (LUASP), d’autant plus qu’ils échappent généralement à la gestion forestière dans les pays à faible couvert ligneux.

Mots-clés : ligneux urbains et agro-sylvopastoraux, arbre hors forêt, ligneux épars, importance socio-économique, gestion durable

Summary

Urban and Agro-Silvo-Pasture Woody species (UASPW) from dry and arid zones with low vegetation cover

There is no direct definition of "trees outside forest" (TOF), a neologism coined in 1996. The concept is defined by default by reference to the forest by a special FAO (Food and Agriculture Organization) Committee. These trees are widely unrecognized and national forest inventories do not include them, except in some very rare cases. Although we can find them all over the world, these trees have long been overlooked by legislations and policies in a failure to view TOF as a separate entity, despite their social, economic and ecological importance which is widely under-estimated. Their definition, seeking to be universal, shows some weaknesses, especially with regard to dry and arid countries. It must be fine-tuned again so that all nations feel directly concerned. The present FAO policy aims to grant them at last the importance they deserve, but paradoxically enough the criteria used to define them reduce their occurrence to very few cases. This article points out to the various points lacking in their definition which therefore needs to be specified and it proposes a number of modifications. Different groups previously classified as TOF by FAO are declassified and conversely. These woody plants could be renamed without reference to the forest, using the term of "Urban and Agro-Silvo-Pasture Woody" (UASPW), all the more so as they generally escape forest management and control strategies.

Keywords : Urban and Agro-Silvo-Pasture Woody species, tree outside forests, scattered woody species, socioeconomic importance, sustainable management


 Introduction et définitions

L’expression « arbres hors forêt » (AHF) était pratiquement inconnue jusqu’en 1996 (1). Depuis peu, un effort considérable a été entrepris pour faire émerger cette ressource oubliée des planificateurs, car les inventaires forestiers nationaux n’en tiennent pas compte (sauf dans quelques très rares pays (2). Les AHF pèsent de plus en plus lourd dans l’économie et le bien-être des populations de diverses nations. Oubliés, ils ne figurent pas dans les évaluations mondiales des ressources forestières en 2000 (3). Il s’avère donc indispensable de mieux connaître leurs ressources en bois et autres coproduits (4), afin de les intégrer aux débats et faciliter les prises de décisions par les décideurs nationaux. Précisons aussi que pour certains usagers, les produits issus d’un ligneux intervenant directement ou non dans l’alimentation humaine ou animale, la pharmacopée, l’artisanat, etc. sont des co-produits et non des sous-produits, comme les forestiers — producteurs de bois — aiment les nommer. Depuis peu, un intérêt manifeste pour les arbres dispersés se remarque à travers diverses réunions (Kotka 1996 ; Rome 2001), des rapports (5, 6) et livres (7-10) et des forums sont réservés dans les derniers congrès internationaux (XIIe Congrès forestier mondial, Québec 2003 ; IUFRO, International Conference on MPTS, Jodhpur 2004).

L’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) a proposé une définition universelle valable en principe pour tous les pays du monde, mais cette dernière suscite divers commentaires, spécialement pour les pays à climats secs et arides.

Dans cet article, nous nous proposons d’améliorer la définition, en étudiant les variations que l’on peut apporter aux seuils des critères retenus et de souligner ce changement de cap en adoptant le terme de « ligneux urbains et sylvo-pastoraux (LUASP) », plus représentatif des nouvelles catégories proposées.

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Figure 1. Terres forestières, autres terres boisées et autres terres

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La FAO (1) a déduit la définition des AHF (figure 1), par défaut, à partir de la définition des forêts :

« Arbres hors forêt » : arbres sur des terres n’appartenant pas à la catégorie des forêts et des autres terres boisées [1]. Ils comprennent de manière non exclusive :

  • les arbres sur des terres ayant les caractéristiques des forêts et autres terres boisées mais i) dont la superficie est inférieure à 0,5 ha ; ii) dont les arbres sont capables d’atteindre une hauteur d’au moins 5 m à maturité in situ, mais où le niveau de matériel sur pied est inférieur à 5 % ; iii) dont les arbres n’atteignent pas 5 m à maturité in situ, mais où le niveau de matériel sur pied est inférieur à 10 % ;
  • les arbres dans des rideaux-abris et ripisylves de moins de 20 m de large et couvrant une superficie de moins de 0,5 hectare ;
  • les arbres disséminés dans des prairies et des pâturages permanents ;
  • les cultures arborées permanentes, vergers et prés-vergers comme les arbres fruitiers industriels, les cocotiers, les palmiers-dattiers ;
  • les arbres des systèmes arborés agroforestiers comme le café, le cacao, les arbres des jardins de case ;
  • les arbres des environnements urbains et autour des infrastructures, comme les parcs et les jardins, autour de bâtiments et en bordure de rues, de routes, de cours d’eau et de canaux.

Il existe cependant de légères différences lorsque l’on compare l’encadré 2 (7, p.14) et cette définition [2]. De plus, on constate que la définition de l’annexe est plus détaillée que celle de l’encadré. Elle cite des cas particuliers comme les prés-vergers, les arbres des jardins privés ou des parcs urbains.

 Paradoxe

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Photo 1. Tizi Bou Zabel

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Les seuils adoptés pour chaque critère (surface maximale, couvert arboré, largeur, etc.) sont peu élevés (voir ci-après). S’agissant d’une définition qui se veut universelle, il fallait évidemment présenter un compromis et prendre en compte le fait que les administrations forestières de beaucoup de pays ne souhaitent pas, en général, que des espaces forestiers (qu’il s’agisse de superficies à faible couvert ligneux ou de conversions définitives ou non) soient gérés par d’autres spécialistes que les forestiers (photo 1). Ces seuils peu élevés réduisent en fin de compte les LUASP a peu de cas ; donc, leur importance mondiale est minimisée précisément dans les pays à saison sèche prolongée, ce qui nous semble paradoxal et contradictoire avec l’objectif avoué de leur promotion mondiale. Or ces LUASP sont omniprésents, en ville ou à la campagne (2-10), mais beaucoup plus dans les régions à climats secs (6, 7, 9, 11). Certains seuils sont inamovibles, alors que d’autres pourraient être rediscutés.

 Les principaux critères : exclusifs ou solidaires ?

Les critères utilisés sont le couvert arboré (CA ; encore appelé « niveau équivalent de matériel sur pied » [3]), la superficie, la hauteur, la largeur. Il n’est pas dit clairement dans la définition universelle proposée si tous les critères doivent être respectés simultanément ou si le dépassement de l’un d’entre eux suffit pour passer de la catégorie LUASP à celle de forêt. Ainsi par exemple, une garrigue méditerranéenne avec un CA de 70 % et une hauteur de 2 m est-elle classée en forêt (à cause de son CA) ou en LUASP (en fonction de la hauteur) ?

D’autres critères de classification, tels que leurs fonctions et usages principaux, l’organisation spatiale, l’occupation du sol, l’utilisation des terres, la portée législative, s’ils sont importants - surtout pour définir les forêts -, ne doivent pas à notre avis venir « perturber » une définition physique (couvert arboré, superficie, hauteur, largeur), car ils se contredisent.

 Couvert arboré ou couverture arborée (CA)

L’évaluation des ressources forestières 2000 (3) utilise dorénavant un taux de CA unique de 10 % pour estimer les superficies couvertes par les forêts mondiales, dont celles des pays industrialisés : « …la FAO a adopté le seuil de 10 % de couverture arborée. Ce seuil, recommandé dans l’étude de référence portant sur la classification des végétations à l’échelle mondiale effectuée par l’Unesco (1973), a été utilisé pour les pays en développement dans le cadre des évaluations des ressources forestières de 1980 à 1990 » (3, p. 31). On remarquera immédiatement dans les définitions officielles (que nous ne pouvions pas changer unilatéralement - voir ci-dessus) que le seuil varie entre 5 et 10 % ! Pour les LUASP, il faut également opter pour un CA unique de 10 %. Ce seuil est faible. Pour l’atteindre, il suffit de trois ligneux, à condition que le diamètre individuel de leur couronne soit de 20,6 m. (tableau 1).

Tableau 1
Nombre « n »
de ligneux par ha
Rayon
d’une couronne (m)
Diamètre
d’une couronne (m)
Surface « S »
par arbre (m²)
Couvert arboré 
(n x S , en m²)
3 10,3 20,6 333,29 999,87
10 5,64 11,28 99,93 999,33
30 3,25 6,50 33,18 995,49
80 2,00 4,00 12,57 1 005,28
141 1,50 3,00 7,07 996,87

Diamètre de couronne et nombre de ligneux nécessaires pour obtenir un couvert arboré (CA) de 10 %.

 Superficie ne dépassant pas 0,5 hectare

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Photo 2. Microparcelles de théiers et d’Eucalyptus

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Dès que la surface du bosquet couvre plus de 0,5 hectare, on quitte le domaine des LUASP. Cette limite, arbitraire, n’est pas intangible. Or elle exclut d’office une grande partie des brise-vent, des bois sacrés, des microparcelles de théiers en milieu rural (photo 2), des petits vergers d’arbres fruitiers ou destinés à l’alimentation (baobabs pour l’obtention de feuilles), de jachères, etc.

 Largeur du brise-vent limitée à 20 mètres maximum

Le long des canaux ou des voies de communication, si les brise-vent sont composés de deux, voire trois, rangées de ligneux, ils dépassent alors souvent la largeur maximale et également le seuil de CA. Il en va de même pour certains brise-vent le long de pâturages et pour les ligneux des ripisylves naturelles pour lesquelles la largeur varie selon la topographie. Si par exemple, le long d’un canal, on plante des platanes tous les 10 m, il faudra dix arbres pour couvrir un des quatre côtés du carré de référence représentant un hectare. Si le diamètre de leur couronne, à l’âge adulte, excède 11,28 m (tableau 1), ce brise-vent monolinéaire de 100 m sera classé parmi les forêts et non parmi les LUASP. Il en va de même s’il est constitué d’une double ligne sur une seule berge ou d’une ligne sur chaque berge.

Ce seuil de 20 mètres est cependant valable pour les vergers fruitiers modernes dont les brise-vent à port très fastigié ont un diamètre de 3 m (tableau 1) ; leur CA est de 3 %. Si on n’a qu’une seule rangée d’arbres moyennement fastigiés espacés d’un mètre (avec une couronne de 4 à 5 m de diamètre et donc un CA égal à 400-500 m²/ha), le taux est de 4 à 5 %. Il s’agit alors bien de LUASP, si l’on ne prend en compte que le seul critère du couvert arboré. En revanche, s’ils s’étendent en continu sur plus de 12,5 km, le seuil de surface maximale (0,5 hectare) est dépassé (400 m²/ha x 13 km = 5 200 m²).

 Autres critères présents dans la définition

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Photo 3. Brise-vent de cyprès

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La définition FAO d’un « arbre », en fonction de sa hauteur (5 m) à l’âge adulte, est ambiguë et n’intègre pas toujours les arbustes, arbrisseaux, et buissons. Le maquis, le mattoral, la garrigue, etc. dont le CA est très élevé, sont difficiles à classer. C’est pourquoi il serait judicieux de ne plus parler d’arbres, mais bien de ligneux (tout en maintenant pour des raisons de facilités les palmiers et les bambous parmi les ligneux comme le fait la FAO, mais cela peut être rediscuté) sans préciser leur hauteur. Pour mieux cerner cette réalité, nous optons pour l’expression plus explicite de « ligneux urbains et agrosylvopastoraux » (LUASP), sans référence à la forêt, d’autant plus que nombre d’entre eux échappent généralement à la gestion d’une administration forestière dans les pays secs et arides. Suivant cette même logique, on parlera dès lors de couvert ligneux (CL) et non plus de couvert arboré (CA). Signalons aussi que la mono- ou multicaulie ne nous semble pas un critère important dans ce débat. En effet, un ligneux peut avoir naturellement plusieurs tiges, sans que ce caractère provienne d’un traitement en taillis (buissons par exemple).

Dans nombre de pays en développement, définir une forêt dans le temps est également un exercice périlleux, au vu des courbes de leur démographie et des pressions (agriculture, élevage, infrastructures) sur les terres forestières. « Afin de déterminer si l’élimination des arbres d’un secteur donné constitue un déboisement, il convient de tenir compte de l’évolution probable de ce secteur. Les terres restent classées comme forêts si le reboisement doit se produire dans un avenir prochain ou est déjà entrepris, même si le seuil de 10 % de CA n’a pas encore été atteint. En revanche, s’il est peu probable que l’on atteindra dans un proche avenir une densité de peuplement suffisante, ou si la terre est convertie à un autre usage, le secteur doit être considéré comme déboisé. On voit donc que l’aspect chronologique est déterminant pour les définitions applicables à l’évolution des forêts. La période-seuil suggérée est de 10 ans ; dans ce contexte, les termes "temporaires" et "proche avenir" se rapportent à une période de moins de 10 ans, alors que l’expression "long terme" couvre une période d’au moins 10 ans. » (3, p. 43). Les espaces forestiers déclassés sont-ils des LUASP ?

 Un réel besoin de modifications est nécessaire

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Photo 4. Chênes

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Les « terres boisées » comprennent les « terres forestières (ou forêts) » et les « autres terres boisées » (figure 1). L’existence de ce dernier groupe est à rediscuter, car l’ensemble de ligneux qui y est inclus crée une confusion par chevauchement des classes (avec les « terres forestières » et avec les « autres terres »). Puisque le seuil de CA a été récemment uniformisé au niveau mondial à 10 % (il est donc utopique de vouloir le modifier), la définition FAO des terres boisées pourraient être simplifiée en supprimant la catégorie « autres terres boisées ». Il y aurait alors les terres forestières (ou forêts) et les autres terres (avec les LUASP).

Une autre modification consisterait, pour les brise-vent, ripisylves et galeries forestières étroites et s’étendant sur de très grandes distances, à ne pas prendre en considération le couvert ligneux et la notion de superficie maximale, mais de ne garder pour seule limite qu’une largeur inférieure à 30 m. Ainsi, un brise-vent de 25 m de largeur mais de 10 km de longueur (ou une plantation unilinéaire sur les deux berges d’un canal) serait classé dans les LUASP, ce qui augmenterait leur part mondiale.

Pour affirmer l’importance des LUASP et pour qu’ils soient intégrés dans les inventaires nationaux, le comité ad hoc de la FAO pourrait opter pour une superficie minimale de 1 hectare, voire plus (au lieu de 0,5 hectare) pour intégrer plus de microboisements - souvent non comptabilisés lors des inventaires nationaux - dans l’ensemble des LUASP.
Il est également indispensable de définir précisément « l’arbre d’ombrage » et d’affirmer que dans certaines cultures industrielles (par exemple cacao, thé, café, etc.), l’ensemble « plante industrielle + ligneux d’ombrage » ne peut être assimilé aux LUASP, puisque par leur couvert ligneux et par leur superficie, ils sont classés parmi les « terres forestières ».

Un glossaire spécifique à l’ensemble des termes doit être poursuivi [4]. Afin de pouvoir effectuer un classement cohérent pour différentes aires phytogéographiques, certains termes doivent être précisés, voire chiffrés par les paramètres de couvert ligneux, surface, largeur (éventuellement hauteur ?) à des fins de normalisation et de standardisation.

Ces actions devraient être entreprises rapidement, car entre 2002 et 2005, les bases internationales de références bibliographiques traitant des AHF s’enrichissent d’exemples de divers pays (Inde, Népal, Italie, etc.). Ainsi Kotwal et al. (12) poursuivent les réflexions relatives notamment à cette définition des LUASP.

 Les LUASP au Maroc

Pour une meilleure prise en compte des LUASP au niveau des ressources mondiales, il est souhaitable que chaque pays les identifie selon une classification universelle afin de mieux cerner au niveau national les ressources en coproduits ligneux et ainsi d’assurer une gestion durable des ressources. Au Maroc, les arbres hors forêt, définis comme étant les arbres, les arbustes et leurs systèmes situés sur des terres autres que celles définies comme « forêt » ou « autres terres boisées », ont été classés, en fonction de leur importance spatiale et socio-économique, dans un premier temps en sept types (6) :
a) pâturages permanents à ligneux ;
b) arboriculture fruitière intensive sous forme de vergers denses ;
c) arbres fruitiers dispersés (noyers, figuiers, etc.) dans les bosquets familiaux ;
d) plantations de protection ;
e) rideaux verts et plantations d’alignement ;
f) parcs urbains et périurbains ;
g) peupleraies.

et la catégorie des « autres terres sans arbre hors forêt » comprend (6) :
h) les terres arables ;
i) les jardins exigus ;
j) les terres autour des marabouts ;
k) les haies ;
l) les berges des cours d’eau, lacs, barrages, etc., où l’on peut trouver des arbres dispersés.

 Ex-AHF appartenant aux LUASP ou aux forêts

En fonction des modifications proposées et pour accroître l’importance mondiale des LUASP, les regroupements suivants sont suggérés. Chaque pays analyserait alors ses forêts, les LUASP et les cas particuliers en fonction des trois principaux critères proposés précédemment (voir paragraphe « Un réel besoin de modifications est nécessaire »). Leur classement pour certains en « terres forestières » ou en LUASP ne signifie pas qu’ils doivent être gérés et contrôlés par l’Administration forestière locale.

Ainsi, on pourrait classer :

1) parmi les forêts (si la superficie est égale ou supérieure à 1 hectare et si simultanément le couvert ligneux CL est égal ou supérieur à 10 %) :

  • les prés-vergers (qui sont avant tout, des espaces de production herbacée, dont le CL des fruitiers est supérieur à 10 %) et pâturages arborés permanents (b) [5] ;
  • les plantations industrielles (b) dont la surface est supérieure à 1 hectare (caféières, cacaoyères,… ou fruitières - agrumes, oliviers, etc.) avec ou sans ligneux d’ombrage ;
  • toutes les plantations de protection (sauf les brise-vent ou les cordons sur dunes) avec un CL supérieur à 10 % (d) ;
  • les suberaies, les peupleraies (g), les plantations d’hévéas, etc. (car CL > 10 %) ;
  • les « arbres à usages multiples » des agroforêts, généralement à couvert très dense ;
  • les palmeraies (palmiers et autres ligneux des oasis) et bambouseraies, si la surface est égale ou supérieure à 1 hectare ou si le CL est supérieur à 10 % ;
  • les jachères forestières ;
  • les maquis et les garrigues, sauf si la surface est inférieure à 1 hectare (indépendamment du CL) ;
  • la plupart des forêts-parcs, des réserves naturelles (de faune) et des savanes (CL > 10 %).

2) parmi les LUASP (si la surface est inférieure à 1 hectare et/ou le CL est inférieur à 10 %)

  • les ligneux épars (fruitiers ou non) sur terres agricoles (c, h) et pâturages permanents(a, b) ;
  • les brise-vent de ligneux fastigiés ou non, ruraux ou urbains (le long des canaux, dans les espaces agricoles, les villes, les plaines d’élevage soumises aux vents), et les ripisylves étroites, de moins de 30 m de largeur, sans limitation de longueur ou de superficie (d, e, l) ;
  • les réserves naturelles steppiques de très grande superficie mais avec un couvert ligneux inférieur à 10 % ;
  • les bosquets, les mini-parcelles rurales de ligneux (théiers, etc.), les bois-sacrés (k) (de surface inférieure à 1 hectare) ;
  • les haies des pâturages et des champs agricoles (e) ;
  • les ligneux des jardins privatifs (i) ;
  • les haies entourant une propriété privée (établissements humains et infrastructures) ;
  • tous les ligneux urbains et périurbains (e, f, i), de moins de 1 hectare en parcelle non linéaire (sachant que les trois autres critères - couvert ligneux, largeur et hauteur - n’interviennent pas dans ce cas particulier) ;
  • les jachères agricoles (qui redeviendront des terrains agricoles).

 Conclusions

Si certaines plantations industrielles intensives (fruitiers, oliviers, théiers, cocotiers, etc.), l’hévéaculture, les agroforêts, ou la populiculture peuvent à l’échelle mondiale être comptabilisées parmi les terres forestières, leur gestion sur le terrain, leurs revenus ou les statistiques nationales ne doivent pas nécessairement être gérés par les forestiers ! Il est important d’insister sur le fait qu’une coopération entre tous les services impliqués (forestiers, agricoles, urbains) est une condition fondamentale pour l’évaluation et une saine gestion des LUASP.

Tous les pays, et tout spécialement ceux à faible couvert ligneux, devraient organiser des ateliers de réflexion et opter pour la ou les structure(s) optimale(s) (par exemple, création d’une Direction générale des LUASP, parallèlement ou non, à la Direction générale des Forêts ?) afin que toutes les ressources ligneuses (hormis les ligneux privés) soient inventoriées et gérées de manière durable.

En revanche, si la définition mondiale actuelle des ex-AHF reste trop étroite et si par rapport à la forêt, elle les réduit à quelques rares exceptions, ils ne seront pas ou peu pris en compte à l’avenir, vu leurs caractères dispersés, éclatés ou morcelés et ce malgré tous les efforts récemment réalisés. Les articles et études déjà publiées (6, 9, 12, 13) devraient être mieux pris en compte et une nouvelle réunion internationale pourrait redéfinir certaines notions trop floues.

 Références

1. Nyyssönen A, Ahti A, eds. Expert Consultation on Global Forest Resource Assesment 2000. Kotka III. Proceedings of FAO Expert Consultation on Global Forest Assesment 2000 - ECE, UNEP, Government of Finland, Kotka, Finlande, 10-14 juin 1996. Finnish Forest Research Institute Research Papers n° 620. Helsinki : Finnish Forest Research Institute, 1996 ; 369 p.

2. Coulon F, Bélouard T. Évaluation des arbres hors forêt en France. Lattes ;Toulouse : IFN ; Solagro ; FAO, 2000 ; 40 p.

3. Food and Agriculture Organisation (FAO). La situation des forêts du monde - 2001. Rome : FAO, 2001 ; 81 p.

4. Food and Agriculture Organisation (FAO). Arbres hors forêts. FAO Unasylva 2000 ; 51 (NS) : 1-68.

5. Alexandre DY, Lescure JP, Bied-Charreton M, Fotsing JM.. Contribution à l’état des connaissances sur les arbres hors forêt (TOF). Orléans ; Rome : Institut de recherche pour le développement (IRD) ; Food and Agriculture Organisation (FAO), 1999 ; 185 p.

6. M’Hirit O, Et-Tobi M. Évaluation des arbres hors forêt au Maroc. Une contribution au rapport sur l’évaluation des ressources forestières 2000. Rabat ; Rome : École nationale forestière d’ingénieurs (Enfi) ; Food and Agriculture Organisation (FAO), 2000 ; 38 p.

7. Bellefontaine R, Petit S, Pain-Orcet M, Deleporte P, Bertault JG. Les arbres hors forêt. Vers une meilleure prise en compte. Cahier FAO Conservation 35. Rome : Food and Agriculture Organisation (FAO), 2001 ; 214 p.

8. Food and Agriculture Organisation (FAO). Arbres hors forêt - Bibliographie annotée. Rome : FAO, 2001 ; 155 p.

9. Pain-Orcet M, Bellefontaine R. Trees outside forest : a new perspective on management of forest resources in the tropics. In : Babin D, ed. Beyond Tropical Deforestation - From Tropical Deforestation to Forests Cover Dynamics and Forest Development. Paris ; Montpellier : Unesco ; Cirad, 2004 : 423-430.

10. Pointereau P, Bazile D. Arbres des champs. Haies, alignements, prés vergers ou l’art du bocage. Toulouse : Solagro ; WWF, 1995 ; 139 p.

11. Bellefontaine R, Monteuuis O. Le drageonnage des arbres hors forêt : un moyen pour revégétaliser partiellement les zones arides et semi-arides sahéliennes ? pp. 135-148 In : Verger M, ed. Multiplication végétative des ligneux forestiers, fruitiers et ornementaux. Troisième Rencontre du Groupe de la Sainte Catherine, 22-24/11/2000, INRA Orléans, France. Actes. Montpellier : Cirad, 2002 ; 206 p (cédérom).

12. Kotwal PC, Horo NV, Singh AK. An assessment of tree resources outside forests in India. C. and I. India Update 2004 ; 2 : 1-3.

13. Gauthier M. Trees outside the forest. FAO Forestry Paper 2001 ; (140) : 39-44.


Notes

[1] Les définitions de 1996 de la FAO qui suivent sont recopiées intégralement (7, p. 201).
- « Terres forestières ou forêts » : terres portant un couvert arboré (ou un niveau équivalent de matériel sur pied) supérieur à 10 % et une superficie de plus de 0,5 hectare (ha). Les arbres devraient pouvoir atteindre une hauteur minimale de 5 mètres (m) à maturité in situ.
- « Terres boisées » : elles comprennent les « terres forestières » et les « autres terres boisées ».
- « Autres terres boisées » : (a) les terrains arborés ouverts (ou d’un niveau équivalent de matériel sur pied) de 5-10 % d’arbres atteignant 5 m de hauteur à maturité in situ ; (b) ou un couvert arboré (ou niveau de matériel sur pied équivalent) de plus de 10 % d’arbres qui n’atteignent pas 5 m à maturité in situ (arbres nains ou chétifs) ; (c) ou ayant un couvert arbustif ou formé de broussailles de plus de 10 %.
- « Autres terres » : terres non classées comme forêts ou autres terres boisées telles que définies ci-dessus. Elles comprennent : les terres agricoles (incluant prairies et pâturages), les terrains construits (établissements humains), les terrains dénudés, les glaciers et neiges.

[2] Le respect en 2001 des délais impartis pour la rédaction du livre précité n’a pas permis d’obtenir des modifications ; il reviendra à la FAO de réunir les comités ad hoc pour affiner certaines définitions.

[3] Il y aurait lieu d’homogénéiser les termes employés et d’en choisir certains plus spécifiques. Que veut dire exactement « un niveau équivalent de matériel sur pied » ? Faut-il y lire une notion d’effectif (nombre d’arbres à l’hectare), de volume (bois, biomasse), de surface (projection des cimes sur le sol rapportée à l’hectare, surface terrière à l’hectare) ? Plus loin dans la définition, ce CA est aussi mis en synonymie avec « densité de peuplement ». Nous verrons plus loin qu’il vaut mieux parler uniquement de couvert ligneux.

[4] Les expressions à définir (liste non exhaustive, extraite des définitions de la FAO au début de cet article) seraient les suivants : couvert arboré, couvert arbustif, couverture arborée, niveau équivalent de matériel sur pied, arbre, arbre fruitier industriel, arbre nain ou chétif, broussaille, prairie, pâturage permanent, terrain arboré ouvert, verger, pré-verger, rideau-abri, parc, etc., sans oublier les termes « le ligneux » et « le couvert ligneux ».

[5] Les lettres en minuscules entre parenthèses (a, b, ...) font référence au classement proposé au Maroc.

Page publiée le 14 décembre 2005, mise à jour le 10 mars 2010