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Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II (2015)

Analyse de la diversité génétique et agro-morphologique de populations locales de blé dur issues d’agro-systèmes traditionnels au Maroc : implications pour la conservation in situ et l’utilisation des ressources phytogénétiques

SAHRI Ali

Titre : Analyse de la diversité génétique et agro-morphologique de populations locales de blé dur issues d’agro-systèmes traditionnels au Maroc : implications pour la conservation in situ et l’utilisation des ressources phytogénétiques

Auteur : SAHRI Ali

Université de soutenance : Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II

Grade : Doctorat 2015

Résumé
Le blé dur est l’une des plus vieilles céréales cultivées et constitue actuellement une espèce majeure dans les zones de production céréalière du bassin méditerranéen. Suite à la révolution verte, les variétés traditionnelles ont été écartées alors que se répandait l’utilisation de cultivars modernes, plus courts, plutôt de type printemps et reposant sur une base génétique réduite. Du fait de leur adaptation ancienne à des conditions environnementales et à des pratiques agronomiques locales, ces variétés traditionnelles constituent des sources importantes de gènes d’adaptation, ce qui rend leur caractérisation importante. Au Maroc, la diversité des populations locales de blé dur, qui est gérée par de petits exploitants agricoles dans des agro-systèmes traditionnels, est le résultat de processus historiques et actuels qui interagissent à différentes échelles spatiales, et est influencée par des facteurs tels que les pratiques agricoles et les pressions environnementales. Les études n’ont commencé que récemment à s’intéresser à la complexité de ces processus plutôt que de décrire simplement la diversité à des fins de sélection végétale. Sur la base de données d’entretiens recueillis lors de l’étude de Chentoufi et al. (2014a), 166 populations de variétés de blé dur ont été prélevés dans deux agro-systèmes traditionnels marocains, dans le Pré-rif et dans les régions des oasis des montagnes de l’Atlas oriental. Dans un premier temps, la variabilité phénotypique de ces populations a été évaluée sur des caractères révélateurs de leur position taxonomique et du statut de sélection végétale, à savoir la forme de l’épi et la hauteur de la plante. Par la suite leur diversité génétique a été évaluée en utilisant 14 marqueurs microsatellites et comparée à la diversité trouvée dans une grande collection de blé tétraploïde. Une grande variabilité de la hauteur de la plante et de la forme de l’épi a été constatée. En effet, les populations ont souvent combiné des tailles modernes (petites) et d’autres de type traditionnel (grandes), ainsi qu’un blé dur classique à épi carré (5 fleurs/ épillet) et un autre de forme plate (3 fleurs/épillet) représentatif du blé tétraploïde primitif domestiqué (à grain vêtu) (ssp. dicoccum). En revanche, la diversité moléculaire a été relativement limitée, et correspond à un grain tétraploïde à grain nu. Au Maroc, les deux régions étudiées ont différé par la diversité génétique et par les noms de variétés. Au niveau de la région, ni la géographie ni les noms de variétés n’ont constitué de solides barrières à l’échange de gènes malgré quelques profils significatifs. Dans une deuxième étude, la diversité phénotypique de 101 populations locales de blé dur issues des oasis de montagnes de l’Atlas oriental (Maroc) a été évaluée en se basant sur neuf caractères (morphologiques et agronomiques) et quatre paramètres liés à la qualité du grain. Les fréquences de chaque classe phénotypique ont été utilisées pour l’estimation et l’analyse de la diversité, en considérant les zones géographiques d’origine et les gradients d’altitude. L’indice de diversité de Shannon-Weaver (H’) a montré une forte variabilité pour l’ensemble des caractères considérés. Cet indice varie d’une zone à une autre et d’une classe d’altitude à une autre. Le H’ moyen obtenu pour l’ensemble des zones est de 0.62, indiquant la présence d’un degré élevé de polymorphisme au sein des populations locales de blé dur collectées. Les résultats de l’Analyse en Composantes Multiples ainsi que de la classification hiérarchique ont montré que la proximité géographique et l’altitude jouent un rôle majeur dans la discrimination et la structuration des populations de blé dur étudiées. L’évaluation de la diversité morphologique et génétique a permis de signaler quelques facteurs importants qui ont pu influencer la structure et les dynamiques d’évolution du blé dur au Maroc : l’importance des noms de variétés, la présence de mélanges entre populations, l’importance relative à l’échange de graines entre agriculteurs et l’adaptation locale, ainsi que le devenir des variétés modernes une fois introduites. De plus, des études multidisciplinaires à différentes échelles spatiales sont nécessaires pour mieux comprendre ces agro systèmes complexes d’une importance inestimable pour la sécurité alimentaire. Les informations recueillies à partir de ces résultats peuvent être exploitées dans des programmes de sélection conventionnels et de conservation in situ de la diversité.

Présentation : Revue Marocaine des Sciences Agronomiques et Vétérinaires

Page publiée le 6 octobre 2015, mise à jour le 12 janvier 2018