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Université Montpellier II Sciences et techniques (2014)

Une innovation technique en train de se faire Le goutte à goutte en pratique au Maroc : acteurs, bricolages et efficiences

Benouniche Maya

Titre : Une innovation technique en train de se faire Le goutte à goutte en pratique au Maroc : acteurs, bricolages et efficiences

Auteur : Benouniche Maya

Université de soutenance : UM2 Université Montpellier II Sciences et techniques

Grade : DOCTEUR EN SCIENCES AGRONOMIQUES (2014)

Résumé
Promue comme la technique d’irrigation la plus efficiente et mise à contribution pour régler les grandes crises d’eau, le goutte à goutte se diffuse très rapidement de par le monde. La perspective d’une technique étudiée en station expérimentale ayant une efficience d’irrigation théorique de 90%, sans utilisateurs, et en définitive idéalisée, nous a d’emblée interpellé. Notre thèse analyse le goutte à goutte comme une innovation technique, en lien avec son environnement sociotechnique et en interaction avec la multitude d’acteurs (conventionnels et non-conventionnels), qui interagissent avec cette technique. Elle interroge la vision normative de la technique du goutte à goutte (ce qu’elle devait faire), en l’insérant dans une analyse plus complexe incluant ses dimensions pratiques et les logiques d’acteurs in situ (ce qu’elle fait et pour qui le fait-il). Notre objectif est d’analyser comment la pratique de cette innovation technique a changé la technologie ainsi que les trajectoires socioprofessionnelles des acteurs du goutte à goutte, et d’étudier l’impact de la pratique sur les efficiences d’irrigation. Nous avons mené nos travaux de recherche dans 30 exploitations agricoles dans la plaine du Saïss au Maroc. Cette plaine est considérée comme une zone d’irrigation privée, et est à ce titre particulièrement concernée par le Programme National d’Economie d’Eau en Irrigation qui ambitionne de réduire la pression sur les eaux souterraines par la reconversion des systèmes d’irrigation gravitaire existants en systèmes d’irrigation localisée. Nous avons fait le choix méthodologique de croiser des approches de sciences de l’eau, en particulier sur les efficiences d’irrigation, et de sociologie de l’innovation pour décrypter les mécanismes d’appropriation de l’objet technique. Nos résultats montrent comment les acteurs locaux ont pris le contrôle de l’innovation, et assumé des responsabilités dans des domaines que l’on pensait réservés aux ingénieurs dans la production, l’utilisation et la diffusion de l’innovation. Ces acteurs ont adapté à travers un processus qu’ils qualifient de bricolage les systèmes de goutte à goutte aux conditions locales, permettant aussi un apprentissage de la technique pour apprivoiser le changement. D’une technologie importée accessible à une minorité de grands agriculteurs, une pluralité de systèmes de goutte à goutte de proximité sont désormais accessibles au plus grand nombre. Nous montrons aussi comment ces initiatives locales croisent et renforcent les programmes étatiques de développement du goutte à goutte. Nos travaux ont démontré que les performances d’irrigation de ces systèmes sont hétérogènes, certains agriculteurs irriguant 3-4 fois plus que les volumes nécessaires aux besoins de la culture. Ces performances peuvent être expliquées par des pratiques d’irrigation favorisant le confort hydrique de la plante, traduisant ainsi les multiples logiques des acteurs. Enfin, nous montrons comment la technologie du goutte à goutte a séduit un grand nombre d’acteurs non-conventionnels qui ont changé la technologie, mais ont changé aussi eux-mêmes. La diffusion réussie du goutte à goutte assure leur promotion socioprofessionnelle, et à leur tour ils vont attirer d’autres utilisateurs dans le monde du goutte à goutte. C’est là où se résume la force du goutte à goutte comme objet technique autour duquel de puissants réseaux sociotechniques se sont construits. Nous concluons qu’aujourd’hui, « l’économie d’eau » est un objectif perdu de vu, qui n’est prioritaire pour aucun des acteurs, y compris l’Etat-promoteur. L’enjeu est donc d’engager un débat sur l’économie d’eau entre toutes les parties prenantes – l’Etat, la profession agricole, les entreprises d’irrigation – sur la base des usages réels de l’eau des systèmes de goutte à goutte. Ils pourront ainsi fixer des objectifs opérationnels d’économie d’eau, qui sont – comme nous l’avons montré – tout à fait possibles tout en améliorant les rendements. Un cahier des charges négocié, mis en place dans les différentes régions du Maroc, pourra concrétiser ces objectifs et permettra la mise en place d’un suivi des volumes réels utilisés dont les résultats seraient accessibles à tous les acteurs.

Mots clés : Irrigation au goutte à goutte, innovation, économie d’eau, performances d’irrigation, bricolage, acteurs non-conventionnels, le Saiss, Maroc

Présentation : Archives Ouvertes

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Page publiée le 14 octobre 2015, mise à jour le 10 mars 2017