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Université de Liège (2013)

Epidémiologie de la brucellose et de la tuberculose animales dans les milieux urbain, périurbain et rural au Niger

Boukary, Abdou Razac

Titre : Epidémiologie de la brucellose et de la tuberculose animales dans les milieux urbain, périurbain et rural au Niger

Auteur : Boukary, Abdou Razac

Université de soutenance : Université de Liège

Grade : Doctorat en sciences vétérinaires 2013

Résumé
Contexte : La brucellose et la tuberculose bovine sont considérées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme des maladies zoonotiques majeures mais négligées et cosmopolites. En Afrique subsaharienne (ASS), l’impact de ces maladies sur la santé humaine et animale ainsi que sur le plan socioéconomique est considérable. Cependant, les aspects épidémiologiques de ces maladies sont assez peu connus et peu maîtrisés en ASS. De même, les pertes économiques liées au coût de la santé et à l’incapacité au travail ont été jusque là peu ou pas évaluées au niveau des différents pays. Au Niger, pays d’élevage par excellence, les données sur ces deux maladies sont très rares. La présente étude avait pour objectif principal d’apporter une contribution originale à la connaissance des souches de Mycobacterium bovis et de Brucella circulantes au Niger, des mécanismes et facteurs de risque de transmission de ces deux zoonoses majeures dans un contexte d’élevage urbain, périurbain et rural.
Matériel et méthodes : Pour caractériser les systèmes de production, une enquête préliminaire a d’abord été effectuée au niveau de 35 sites laitiers dans les strates urbaines et périurbaines de Niamey et au niveau de 5 villages de la commune rurale de Filingué. Ensuite, pour déterminer les facteurs de risque de transmission de la brucellose dans les strates urbaine, périurbaine et rurale, une enquête a été réalisée au niveau de 45 sites. Un total de 681 ménages d’éleveurs ont été interviewés. Pour évaluer les facteurs de risque de la transmission de la tuberculose bovine, ce sont 51 ménages à risque issus de 10 sites de production animale dans la commune rurale de Torodi qui ont été investigués dans l’étude. Pour évaluer la prévalence réelle de la brucellose animale et caractériser les souches de Brucella circulantes au Niger, 5 192 sérums d’animaux et 16 échantillons de liquide d’hygroma ont été analysés. Le test sérologique a été effectué au moyen d’un test ELISA indirect et les échantillons d’hygroma ont été mis en culture au laboratoire du CERVA. En ce qui concerne la détermination de la prévalence réelle de la tuberculose bovine, le test d’intradermo-tuberculination comparative a été effectué sur un échantillon de 393 bovins. De même une enquête rétrospective a été réalisée au niveau de l’abattoir de Niamey et 62 échantillons d’organes portant des lésions suspectes de tuberculose bovine ont été échantillonnés à l’abattoir puis analysés pour le typage moléculaire des souches de Mycobacterium bovis.
Principaux résultats : L’analyse des systèmes d’élevage a permis de mettre en évidence 3 types de systèmes de production. Il s’agit des systèmes de production urbain, périurbain et rural. Bien que distincts, ces systèmes entretiennent des liens et interactions très complexes. Les relations existantes entre les différents modes de production sont susceptibles de favoriser la transmission de la brucellose et de la tuberculose bovine. Concernant le typage et sous typages des souches, une souche de Brucella abortus biovar 3 a été identifiée et Mycobacterium bovis a été isolé au niveau de 18 animaux. Les souches de M. bovis identifiées au Niger montraient des spoligotypes conforment au type Af1 précédemment identifié en Afrique centrale et en Afrique de l’ouest. En plus, un profil de M. bovis non précédemment répertorié a été mis en évidence, ce profil se caractérisait par l’absence des “spacers” 3, 4, 9, 16, 22, 30 et 39–43. La prévalence réelle de la brucellose a variée entre 11,8 et 13,8% au niveau des troupeaux alors que la prévalence réelle individuelle était de 1,3% (IC 95% : 0.9 - 1.8%). La prévalence individuelle apparente de la tuberculose bovine a été de 3.6% (IC 95%, 1.9–5.9), alors que la prévalence individuelle réelle a été de 0.8% (IC 95%, 0.0–5.0). L’analyse des données issues de l’abattoir a montré que la proportion de carcasses portant des lésions attribuables à la tuberculose bovine était de 0,19% chez les bovins, 0,11% chez les camélins, 0,001% chez les ovins et de 0,0006% chez les caprins. Chez les bovins, les vaches sont beaucoup plus touchés que les autres catégories (P <0,001). La prévalence des lésions tuberculeuses chez les animaux est fortement influencée par la saison (P <0,0001). Elle est étroitement liée à l’origine des animaux (P <0,001) et a un impact négatif sur le poids des carcasses provenant des animaux atteints (P <0,0001). Concernant les facteurs de risque de transmission de la brucellose, il était apparu que, les animaux âgés de 1-4 ans sont plus susceptibles que les animaux âgés de moins d’un an (OR de 3,7 ; IC 95% :1,87 - 7,17). Pour les bovins, la prévalence de la brucellose est plus élevée en zones rurales (OR de 2,8 ; IC 95% : 1,37 - 5,60), alors que pour les petits ruminants le risque de transmission de la maladie est plus élevée dans les zones urbaines (OR de 5,4, IC 95% : 1,41 - 20,88). Cette différence entre le milieu rural et urbain s’explique d’une part par le mode de conduit des animaux et d’autre part par la composition des troupeaux. A l’échelle du troupeau, le risque de transmission de la brucellose étaient plus élevés pour ceux qui pratiquaient la transhumance (OR de 9,1 ; IC 95% : 5,06 - 16,30), ceux qui ont signalé l’apparition d’avortements (OR 4,5 ; IC à 95% : 2,23 à 8,95 ), et ceux qui ne pratiquaient pas la quarantaine (OR de 1,8 ; IC 95% : de 1,08 - 2,85). En ce qui concerne les habitudes alimentaires des ménages, la consommation de lait cru constitue un facteur de risque de transmission de la brucellose (OR de 22,0 ; IC 95% : 2,59 - 186,83). Concernant la tuberculose bovine, les principaux facteurs de risque identifiés sont la consommation de lait non pasteurisé (91%), le manque d’hygiène au sein des ménages (32-74%), la présence d’animaux souffrant de toux chronique (OR de 4,7 : IC 95% : 1,1 - 19,7) et le l’absence de la pratique de la quarantaine (OR de 4,2 ; IC 95% : 1,0 - 18,4).
En conclusion, cette étude confirme l’existence de la brucellose et de tuberculose bovine dans tous les systèmes de production animale au Niger. Elle met aussi en exergue la présence de nombreux facteurs de risque de transmission de ces maladies aux animaux et l’homme. Pour un contrôle efficace de ces deux zoonoses majeures, une approche holistique prenant en compte les relations entre l’homme, l’animal et l’environnement est indispensable. L’implication de toutes les parties prenantes intervenant dans la santé humaine et animale est recommandée dans le cadre d’une approche « One Health ».

Mots clés : Brucellosis ; Bovine tuberculosis ; Risk factors ; urban ; peri urban ; rural ; Niger ; Brucellose ; Tuberculose bovine ; Facteurs de risque ; urbain ; periurbain ; rural ; Niger

Présentation (ORBI)

Version intégrale (7,33 Mb)

Page publiée le 25 octobre 2015, mise à jour le 25 janvier 2017