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Université de Lausanne (2018)

Agroécologie du développement maraicher au Burkina Faso. Réorganisations spatiales, transformations socioéconomiques et enjeux de développement.

Gross, Basile

Titre : Agroécologie du développement maraicher au Burkina Faso. Réorganisations spatiales, transformations socioéconomiques et enjeux de développement.

Auteur : Gross, Basile

Université de soutenance : Université de Lausanne,

Grade : Doctorat 2018

Résumé
Cette étude agroécologique du développement maraicher porte sur la transformation des rapports entre un environnement naturel (les terroirs maraichers des zones de Réo et de Ouagadougou), une population, et des activités qui les relient. Elle aborde le maraichage du point de vue socioéconomique de la subsistance, en l’articulant à une écologie humaine centrée sur le système agroalimentaire. L’agroécologie est mobilisée en premier lieu en tant que méthode, elle apparaît aussi en tant qu’objet d’étude à travers les projets et les pratiques agroécologiques. Si le maraichage est déjà pratiqué au Burkina Faso avant le XXe siècle, il gagne en importance à la suite des crises alimentaires des années 1970-1980. La nécessité de sécuriser les ressources hydriques et de développer les cultures de saison sèche mène en effet à la construction de près de 2’000 petits barrages. Cette évolution s’inscrit aussi dans des changements plus profonds de l’habitat et des modes de vie. Les champs individuels et plus particulièrement les jardins de bas-fonds prennent un rôle économique capital dans les exploitations familiales, ce qui se traduit par une emprise plus grande dans le paysage. Surtout, on assiste conjointement à la rupture de l’autarcie et à l’apparition d’un commerce alimentaire duquel dépend l’approvisionnement urbain. On glisse dès lors d’une économie de subsistance qui se limite à la satisfaction des besoins avec les moyens de l’exploitation familiale à une économie de marché moderne. Pour les paysans qui entreprennent une activité maraichère, celle-ci apporte une grande part des revenus de l’exploitation. L’activité est rentable et permet de satisfaire les besoins monétaires de la famille, bien qu’il existe de fortes disparités entre les exploitations. Mais elle ne se substitue que partiellement aux autres activités paysannes, et l’évolution ne se réduit pas à une simple transition. Les exploitants conservent une certaine autonomie alimentaire grâce aux cultures pluviales vivrières, ils pratiquent un petit élevage qui fait office d’assurance et d’épargne, et certains entreprennent des activités extra-agricoles comme le petit commerce ou la mécanique. La situation des exploitations familiales maraichères est avant tout caractérisée par une grande diversité. Quelques points marquants des transformations peuvent toutefois être soulignés : complexification de l’organisation foncière ; individualisation de l’organisation du travail ; monétarisation de l’économie et processus partiel de marchandisation ; modernisation de l’outillage ; artificialisation du milieu, avec les aménagements hydroagricoles ou plus généralement l’ouverture des écosystèmes sur le plan énergétique et matériel. L’évolution du maraichage, au-delà de l’adaptation du milieu naturel, n’est que très peu dépendante de l’aide au développement. Quelques maraichers bénéficient d’appuis, mais ce sont tous des exploitants relativement aisés. Les projets agroécologiques ne réussissent d’ailleurs pas mieux à toucher les populations les plus démunies. Seule une réponse simpliste et techniciste est donnée aux enjeux du développement maraicher. Les deux principales solutions contemporaines consistent ainsi soit à diffuser un package conventionnel comprenant un système d’irrigation goutte-à-goutte à bas coût, soit à promouvoir des pratiques agroécologiques du maraichage. Ces deux orientations s’opposent au niveau des discours, mais sont similaires sur le plan opérationnel. Elles reposent toutes deux sur des projets pilotés et financés par des structures du Nord et sur une diffusion de l’innovation technique à travers des fermes-écoles ou des fermes-vitrines. Le virage agroécologique, s’il constitue une voie prometteuse répondant en partie aux enjeux du secteur maraicher au Burkina Faso, nécessite d’être entrepris de manière plus endogène et plus en phase avec les réalités paysannes. La critique idéologique portée par l’agroécologie doit se prolonger sur le plan des pratiques de développement pour fournir une alternative écologiste globale au modèle moderniste et ainsi ouvrir des voies vers un système agroalimentaire durable.

Présentation

Version intégrale (46 Mb)

Page publiée le 3 novembre 2018